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rp:altay20171002

Six semaines plus tard

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Rives du Matsudo, conurbation de Neo-Tokyo. 23h51, heure locale.

L'air vibrait doucement autour d'elle et pourtant on n'entendait pas le moindre son. Le tumulte des rues tokyoïtes s'était évanoui en un battement de cil lorsqu'elle avait franchi le mur d'enceinte. Pour autant, elle n'en était pas surprise le moins du monde; elle s'y attendait même. Le jardin zen dans lequel elle venait de poser ses bottes était flanqué d'annulateurs sonores à opposition de phase, voués à préserver le calme délicat du lieu. À une cinquantaine de mètres devant elle s'élevait une demeure japonaise au style néo-traditionnel. Les toits aux courbes élégantes étaient recouverts de mousse végétale thermo-régulée et les poutres apparentes étaient décorées par des motifs sophistiqués d'inspiration bouddhistes. L'éclairage chaud et doux de lanternes accrochées à des lampadaires en fer forgé lui permettait de distinguer le reflet miroitant de la villa sur la surface d'une petite mare, dans laquelle bullait quelques carpes koï. Bien qu'ostensiblement aisés, les propriétaires ne semblaient pas rechercher l'exposition publique. La résidence était perchée sur les hauteurs d'une île artificielle, à l'écart des complexes résidentiels, et était protégée par un grand mur d'enceinte. L'accès principal consistait en un large portail en cèdre ouvragé, dont seules les poignées en bronze portant l'emblème des Lung trahissaient l'appartenance de la maison.

D'un bond leste et félin, elle se propulsa sur les tuiles d'ardoise de l'arche surplombant le portail. En-dessous d'elle, un garde du corps en complet taupe fumait une cigarette japonaise, assis sur un tabouret en plastacier. Le type ne semblait pas avoir prêté d'attention au claquement sec des jambes cyber en détente, trop concentré à suivre le derby Osaka-Kyoto dans ses écouteurs. Elle resta ainsi perchée plusieurs minutes, suivant avec attention le déroulé des opérations sur le TacNet. Au milieu de sa surimpression RA, dans un flux vidéo à la première personne, elle suivait une ombre se déplaçant de pièce en pièce dans un complexe d'appartements. Le hacker avait obtenu l'adresse de l'immeuble dans le nexus d'un détective privé munichois un peu trop confiant en son firewall Renraku SafeGuard.

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Dans un coin du stream, par entrebâillement d'une porte, elle distinguait un ork, dreadlocks, blouson en cuir et canette de jus de litchi à la main, tenant la jambe à un homme de main fatigué et mal rasé. Le fantôme s'avança vers le yakuza sans qu'il ne semble le remarquer, et en un clin d’œil, le ganger se retrouva étalé sur le sol, le corps parcouru d'un tremblement électrique. Sans attendre, l'ork fouilla ses poches afin d'y dénicher un pass maglock, qu'il utilisa pour pénétrer l'appartement derrière lui, l'ombre sur ses talons. Passant devant une cuisine moderne toute équipée, il fît coulisser une porte en acajou donnant sur un petit salon. Une petite femme européenne d'une soixantaine d'années, les cheveux gris attachés en chignon et lunettes à monture en écailles de crocodile sur le nez, était assise dans un fauteuil devant les actualités du soir. Elle poussa un cri en voyant l'ork entrer. Apparaissant de nulle part, une tête et une main d'elfe se voulant rassurantes plongèrent en sa direction. “Marika Zarthog ? Nous venons pour vous ramener chez vous.”

Une poignée de minutes plus tard, une berline Honda bleue quittait le parking sous-terrain du complexe résidentiel Shiawase-Sumai de Yokohama. À son bord, Yarin et Eidolon ramenaient Marika Zarthog à son fils.

“Marika est sécurisée. Vous pouvez y aller. Faites-lui payer à cet enfoiré.”

Ambiance sonore. Niddon acquiesca et donna le signal de l'assaut. Comme d'un seul homme, les trois rotodrones Shiawase Robotics qui survolaient de la résidence se mirent simultanément en veille. Un instant plus tard, sur un violent riff de shamizen électrique accompagné par un beat J-pop démentiel, le portail de la demeure de Keito Lung vola en éclat, projetant des éclats de bois à plusieurs mètres à la ronde. Une rafale de balles électriques d'Onotari Violator de Niddon vint frapper le gardien de plein fouet avant même que sa main n'atteigne l'intérieur de sa veste. Une poignée de yakuzas estomaqués sortirent du flanc de la maison et se précipitèrent dans la cour. Le premier fût cueilli par les jambes cybernétiques de Niddon s'écrasant sur ses omoplates depuis le mur d'enceinte. Deux gardes furent propulsés dans l'étang aux carpes koï dans un nouveau riff furieux tandis qu'un keytarist au masque de loup, affublé de de néons multicolores, s'avançait en direction de la maison, suivi par un nain nonchalant tirant sur un joint de manabeuh au rythme de la musique. Les trois derniers gangers se trouvèrent finalement pris de court par le vrombissement sonore d'une moto de compétition s'engageant dans l'allée, suivi de la détonation de deux flèches explosives à leurs pieds, ruinant au passage les délicats motifs zen et maculant leurs costumes de terre et de sable. Un troll massif en armure de combat, tenant dans ses gigantesques poignes un arc démesuré descendit de la moto d'un pas déterminé.

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Niddon courût à pleine vitesse en direction du porche, tandis que les yakuzas les plus futés prenaient leurs jambes à leur cou. Oggodt s'approcha de la porte avant de la faire sauter de ses gonds d'un violent coup de botte. Un ganger téméraire se fit renvoyer dans les cordes par l'esprit du son, qui continuait à jouer son rythme tapageur dans un déluge de son et de lumières. Niddon et Oggodt entrèrent dans la demeure. Sans un mot, deux yakuzas qui gardaient le corridor déposèrent les armes et se retirèrent d'eux-mêmes sur le côté. Avançant prudemment en direction de la pièce de vie, Niddon chambra trois balles EX-explosives dans le Violator.

La samurai s'avança dans le salon. Un homme tatoué, en kimono et cheveux gominés, se tenait derrière le canapé et fit feu à plusieurs reprises, avant que les bibelots soigneusement alignés sur sa table basse volent en éclat sous le feu de Niddon. Un accord dévastateur de keytar vint laminer la baie vitrée et la faire voler en milliers d'éclats tranchants, comme pour signaler que toute tentative de fuite serait désespérée. D'une voix forte et déterminée, Niddon héla le yakuza.

“Déposez votre arme, Keito-san, nous n'avons aucun souhait de violence. Croyez-le ou non, c'est une visite de courtoisie.”

Les bras levés en l'air, canon de son arme pointé vers le sol, le visage de Keito Lung était tordu dans une grimace de rage. Tour à tour, ses yeux inspectèrent Niddon, Oggodt et la silhouette de Sven, assis sur une des lanternes du jardin. “NON ! Vous n'avez toujours pas compris ? Je suis puissant ! Ma famille a une énorme influence ici !”

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Niddon ne pût réprimer un léger sourire. “Il semblerait que certains aient changé d'avis. Un appel de Fenihi-sama expliquant comment tu as dévoyé le nom de ton oncle en traitant avec des mercenaires gaijin n'a pas beaucoup plu à Lung-sama.
- Mensonges ! Tu ignores donc qui je détiens ? Je peux retourner Splenters contre vous d'un claquement de doigt.”
- Tu es sûr ? Qui te dit qu'il n'est pas parmi nous ?
- Il est surveillé ! Son faux déménagement ne m'a empêché de retrouver sa trace. J'ai un homme posté devant chez lui en ce moment même. Regarde !”
Flottant au milieu des airs, une fenêtre RA s'ouvrit sur un complexe résidentiel de luxe en plein cœur de Munich. Sur un balcon du dernier étage, on pouvait distinguer Splenters, en train d'apprécier un délicieux bento. “Êtes-vous prêts à le trahir ? À causer la mort du dernier être qui lui est cher ?” Keito semblait respirer à nouveau, son expression transfigurée par la haine et la colère.
Oggodt pouffa d'un ricanement sonore. “Désolé, mais… En'dol tu peux faire coucou à la caméra s'il te plaît ?”

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Dans une mue kakfaïesque, le nain en costume se transforma en un ork au teint pâle, gagnant soixante centimètres au passage. “Nanocrème, sprite de retouche vidéo et trois jours pour En'dol à apprendre à reproduire les mimiques et la voix de Splenters à la perfection. Avoue qu'on s'est donnés du mal, ton détective privé n'a même pas fait la différence. Quant à Marika, Eidolon l'a sortie de ta safehouse de Roppongi Hills il y a 10 minutes.”
Keito semblait avoir changé de couleur, une expression de surprise et d'horreur flottant sur son visage. Les larmes aux yeux à force de rire, Oggodt lui arracha des mains son revolver.
Sven s'avança du jardin en direction du salon, se déchaussant pour ne pas salir les tatamis. Dans une transition à la fluidité impeccable, la nanocrème s'estompa, révélant le visage de Splenters. “Bonsoir Keito, désolé du bazar. Et toutes mes excuses pour l'entourloupe, Sven est resté devant le portail à l'entrée, au cas où quelqu'un viendrait te rendre une visite nocturne. Comment ça va ?”
Devant l'absence de réponse, le nain poursuivit. Il sortit d'une de ses poches une puce de données, dont il projeta le contenu en RA. “Comme l'a signalé Niddon, c'est une visite professionnelle. Demain à midi, tous les médias japonais et une sélection bien choisie d'influenceurs et de cadres corporatistes un peu partout dans le monde recevront le contenu de cette datachip. Comme tu peux le voir, elle contient un certain nombre d'informations liant une branche voyou de la famille Lung à des terroristes polonais, liés à divers incidents un peu partout en Europe. Les négociations ont été compliquées, entre l'implication du Mi-Seng et de corpos dont le nom sera tut, mais étrangement tout le monde semble avoir été d'accord pour te désigner comme principal responsable de cette affaire. Note par ailleurs que le Mi-Seng a décidé de prélever dans tes fonds pour rembourser les dommages causés à Yu-sama et Monsieur Stocks. Tout ça pour dire que par courtoisie professionnelle, je préférais que tu sois prévenu à l'avance, pour pouvoir prendre tes dispositions.”

Keito sursauta lorsque Niddon s'avança de quelques pas en sa direction, arrachant un de ses coussins du canapé et posant dessus un wakizashi. “Libre à toi à ce que, pour une fois, ton choix se porte sur la voie honorable. Bonne soirée.”
Sur ces mots, la petite équipée vit volte-face et disparût dans les ténèbres du couloir. Keito Lung resta ainsi plusieurs minutes, à contempler le sabre déposé devant lui. Au petit matin, il avait fui. Les autorités portuaires de Hong-Kong retrouvèrent son corps dans un container, exécuté par deux balles dans la nuque.

À l'autre bout du monde, le pire groupe de runners du monde célébrait sa dernière réussite au Shatterwein.

rp/altay20171002.txt · Dernière modification: 2017/10/02 21:40 par Altay